La Section apicole du Bizet
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27 juin 2004
Marcel Masquelin

Marcel, approche les 40 ans d'expérience ...


Marcel est un vétéran de l'apiculture, mais laissons parler les jounarlistes qui l'ont interviewé en 2004.

L'article de Pauline VERCLEVEN

COMINES Apiculture


Chaque jour, il retrouve des cadavres d’abeilles

Depuis quelques semaines, M. Masquelin retrouve des abeilles mortes devant ses ruches.
La raison de cette perte massive reste encore indéterminée.
Ce n'est pas la première fois que Marcel Masquelin voit son élevage d'abeilles diminuer de manière massive.
De 320 000 abeilles, il est passé à 240000. Il y a quatorze ans, la situation était toutefois plus violente et était causée par la pulvérisation d'un produit nocif. Ici, la cause est toujours indéterminée mais selon l'apiculteur, il s'agit également de l'utilisation d'un produit nocif. « Cette fois, c'est un peu moins dramatique mais j'ai bien peur que cela puisse devenir dangereux, s'inquiète M. Masquelin. Mes ruches périclitent tout doucement.
Quasi toutes les butineuses sont mortes, la reine va donc cesser sa ponte. C'est déjà la deuxième fois que ça m'arrive et je vous assure que c'est décevant. » La dernière fois, l'affaire est passée devant le tribunal et l'histoire a duré plus de dix ans.
À 73 ans, l'apiculteur ne sent plus la force de mener le même combat. Néanmoins, il cherche à savoir d'où vient cet empoisonnement...
Toutes les butineuses sont mortes
L'apiculture est sa passion, son passe-temps et cela depuis bien longtemps. Il connaît tout sur les abeilles et vous pouvez l'écouter des heures durant sans que vous ne vous en lassiez.
« Tout a commencé en 1976. J'habitais en France et après m'être marié, je me suis installé en Belgique. Un jour, un nuage d'abeilles est passé au-dessus de moi et s'est rassemblé sur un poirier. Je ne savais que faire et me suis renseigné autour de moi. Je regardais cette grappe d'abeilles quand j'ai vu arriver quelqu'un avec un casque, une mallette, etc. », nous confie M. Masquelin. C'est là que tout a débuté.
Après avoir enfoui toutes les abeilles dans une grande caisse, le maître connaisseur lui a demandé si l'élevage pouvait intéresser M. Masquelin.
Même s'il paraissait réticent, surtout par peur, il s'est essayé à cette activité et très vite, l'apiculture est devenue sa passion.
« Pendant vingt-cinq ans, j'ai travaillé avec Georges Desmet, un maître apiculteur. J'ai également suivi me formation durant deux ans et ensuite, j'ai moi-même transmis mon savoir aux plus jeunes. J'ai eu jusqu'à huit ruches mais avec l'âge, ça devient de plus en plus difficile.»

Triste spectacle
Aujourd'hui, ce sont quatre ruches qui se trouvent au fond de son jardin mais il observe une hécatombe depuis quelques semaines. « Quand on a un élevage, il faut le suivre, poursuit l'apiculteur. Les abeilles sont des animaux très intelligents et organisés mais malheureusement, l'homme est là pour les détruire. On dit qu'il n'y a aucun produit nocif en Belgique mais pourquoi je retrouve, chaque jour, des centaines d'abeilles mortes alors ?
Cela reste pour moi un grand mystère. Nous sommes trop petits pour nous défendre.
Certains nous ont dit de déménager mais ce ne sont pas eux qui doivent arrêter leur élevage, leur passion. »
La perte d'abeilles n'est pas la conséquence unique de cette intoxication et c'est bien ce qui inquiète Marcel Masquelin.
« Je dois -faire très attention. Le problème ne s'arrête à la mort de mes abeilles mais il y une suite. S'il manque des abeilles, il manquera de chaleur et de nourriture et donc, le couvain va mourir.
Chaque année, on perd des abeilles mais ce n'est pas si grave. Chaque jour, je passe le balai pour ramasser les cadavres. Il faut faire quelque chose ! Il faut faire une chasse au poison. »
Des prélèvements ont été effectués et la police a pris des photos mais pour l'instant, l'enquête reste toujours sans résultats. M. Masquelin pense toutefois que la meilleure solution est d'avancer la mise en hivernage prévue initialement le 15 août pour éviter que ses ruches ne meurent de faim...



L'article de Marie-France Philippo

Comines Environnement

Le désarroi d’un apiculteur

Une nouvelle hécatombe vient de décimer les ruches de Marcel Masquelin.
Il nous confie toute son amertume et ses craintes.

Agé de 73 ans et habitant dans la Chaussée de Ten Brielen, Marcel Masquelin possède des ruches depuis 28 ans. Au fil des années, ce qui n'était au départ qu'un simple intérêt s'est transformé en une véritable passion, appuyée sur tout un savoir, qu'il n'a eu de cesse de transmettre à d'autres.
Dans ces conditions, on peut comprendre que lorsqu'il découvre ses abeilles mourantes, c'est la désolation, d'autant plus que c'est la deuxième fois cette année :
« En juillet, je retrouvais chaque jour des cadavres d'abeilles butineuses ! Un vrai désastre qui a fort affaibli mes ruches, puisqu'il n'y avait plus d'apport de nourriture. De surcroît, quand il manque des abeilles, la température à l'intérieur de la ruche diminue et le couvain risque de mourir. »

La situation s'était améliorée jusqu'en fin de semaine passée où, à nouveau, le même triste spectacle s'est produit, des milliers d'abeilles jonchant le plancher :
« Cette fois, toutes mes butineuses sont mortes ! je ne sais même pas si mes reines vivent encore et les abeilles d'intérieur sont devenues agressives.
Après l'incident de juillet, elles avaient déjà perdu une grande partie de leur vitalité; si tard dans l'année, il n'y a plus d'espoir de survie ! »

Intoxication aux pesticides
Très vite, Marcel Masquelin a soupçonné l'utilisation de pesticides : « Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive. Il y a quatorze ans, la pulvérisation d'un produit nocif avait déjà détruit une grande partie de mes ruches.
L'affaire a été portée devant les tribunaux ; une procédure qui a duré plus de 10 ans !
Aujourd'hui, je ne me sens plus de taille à reprendre le combat. Et puis, selon les spécialistes, il n'y a plus aucun produit nocif commercialisé en Belgique... »
À deux reprises, la police est venue effectuer des prélèvements de cadavres d'abeilles et de miel, ainsi qu'effectuer des photos, mais l'apiculteur ne se fait guère d'illusions : « J'ai des soupçons sur un produit appliqué à une récolte spécifique et qui innocente les agriculteurs, car en cette période de l'année plus aucune de leurs récoltes n'est en fleurs.
Mais je crois que même si les analyses parvenaient à prouver l'origine de la toxicité, les intérêts économiques primeraient sur nos pauvres petites abeilles ! »

Éviter que cela ne recommence
Pour autant, Marcel Masquelin, n'est pas décidé à se croiser les bras : « J'ai téléphoné à la Société d'Apiculture de Belgique et à diverses personnes compétentes pour expliquer le problème. J'espère qu'il y aura un suivi, pour qu'une telle situation ne se reproduise plus.
Quant à moi, je crois que mes ruches sont perdues. Je ne pense pas qu'à mon âge, j'aurais le courage de recommencer. Avec mes quatre ruches, je produisais annuellement 80 kg de miel... C'est triste qu'une telle passion s'arrête ainsi ! »
Pourtant, dans le regard de Marcel, quand il en parie, on perçoit qu'il lui sera très difficile de se passer de la compagnie de ses amies les abeilles et de leur bon miel.
Quand le moment de désappointement sera passé, souhaitons-lui de trouver la force de recommencer un élevage.

Placer des ruches témoins
Jean-François Dardenne, apiculteur depuis 1980, est venu constater le désastre. Il commente : " Tous tes apiculteurs de Comines souhaitent que la cause de cette mortalité soit rapidement découverte et neutralisée. Ils s'inquiètent et dénoncent la légèreté avec laquelle certains utilisent des produits toxiques et polluent l'environnement, en nuisant certainement aussi à la santé humaine. Une suggestion serait de placer des ruches témoins à proximité d'endroits litigieux, une source de pulvérisation par exemple, et de les faire surveiller par des techniciens spécialisés afin de permettre de détecter les problèmes. Sachant qu'une abeille butine jusqu'à quelque 3 km de sa ruche, des zones entières seraient surveillées. Ainsi, toute mortalité suspecte d'abeilles préviendrait-elle d'un danger pour la population. Même si à Comines personne n'en fait vraiment un métier, il ne faudrait pas que tous les apiculteurs de la région soient punis par l'interdiction de vente et de consommation. Il ne faut pas sanctionner ceux qui n'ont rien fait ! C'est à chacun de prendre ses responsabilités. "
Et de conclure : " De nos jours, il devient de plus en plus difficile d'être apiculteur. De nombreux jeunes s'y intéressent, mais renoncent devant les difficultés . La première étant de
trouver un emplacement qui convienne et respecte le plan de secteur. Résultat : dans quelques années, l'apiculture aura disparu. Ce fait constituera une atteinte de plus à la nature, parce que l'utilité première des abeilles est la pollinisation, phénomène indispensable à la reproduction naturelle. »

Marie-France PHILIPPO